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Chroniques de l'ile oubliée

Kupka Ankh Balthazar : Chroniques de l'ile oubliée

Melpomène (I)

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the Drawer

Melpomène Vapona dansait divinement bien, ce qui lui valait les faveurs des notables de la rĂ©gion et Ă©nervait Atticus, son chat, aussi farouchement tigrĂ© que jaloux. A la fin de chaque reprĂ©sentation, Melpomène s’esquivait sur l’heure, non sans avoir sacrifiĂ© quelques instants Ă  l’un ou l’autre de ses admirateurs confits et gâteux. Après quoi elle rejoignait au plus vite son chateau de La-FertĂ©-du-Val-de-Smyrne, vaste et intrigante propriĂ©tĂ© hĂ©ritĂ©e de son arrière grand-oncle, antre mystĂ©rieux, rĂ©putĂ© inaccessible aux fanfarons, aux moustachus dyslexiques, et aux disciples du grand Karamouni, le marsupiladin furieux. LĂ , sitĂ´t regagnĂ© ses pĂ©nates, elle brassait du sable fin en pensant Ă  sa lointaine ancĂŞtre, la sage Baba-Mouna-Yaga, qui vivait dĂ©jĂ  dans le dĂ©sert lorsque le dĂ©sert n’Ă©tait que lĂ -bas. Maintenant, le dĂ©sert Ă©tait partout et Baba-Mouna-Yaga n’Ă©tait plus. Son travail achevĂ©, elle dĂ©lĂ©guait son fidèle serviteur pour essaimer les plus beaux grains de sable (soigneusement lavĂ©s, triĂ©s, calibrĂ©s par ses soins) dans son jardin zen plantĂ© de figuier nains. EncadrĂ© de murs rouges, le parc de sable fin faisait office de caisse de rĂ©sonance lorsque le vent aride venait faire vibrer les troncs dĂ©licats de son souffle insistant. Cette mĂ©lopĂ©e plaintive lui rappelait un amour ancien, auquel son cĹ“ur s’Ă©tait brulĂ©. De celui-ci, son âme avait gardĂ© le souvenir de deux yeux trop aimĂ©s, et son cĹ“ur donc, une belle teinte de bois rouge et des ciselures Ă©tranges et envoutantes. L’amour ancien portait maintenant un chapeau de feutre gris, des lunettes et une barbichette, et Ă©tait parti vivre dans d’autres montagnes, sous un ciel qui se ridait rĂ©gulièrement, Ă  la façon du sable de mer lorsque les vagues de l’ocĂ©an, après l’avoir longtemps caressĂ©, happĂ© par l’attraction lunaire, s’esquivent et le dĂ©nude brutalement, laissant en place ces rides si particulière, stigmates ondulants de leurs incessants va et vient. Lorsque Feldspath (c’Ă©tait le nom du fidèle serviteur) eut fini de s’occuper des figuiers, il prit sa lance et son cheval, et salua fièrement Melpomène, quĂŞtant conjointement son approbation. Il devait rejoindre ses deux fils, partis ramasser des champignons dans le bois voisin pour le repas du soir et souhaitait ne pas les laisser seuls trop longtemps. NĂ©anmoins, il attendit stoĂŻquement l’acquiescement de sa maitresse, apprĂ©hendant peut-ĂŞtre quelque mission de dernière minute, qu’il n’aurait su refuser mais qui l’aurait retardĂ© d’autant. Melpomène eut un sourire bienveillant et hocha la tĂŞte … (suite)

(texte initialement publié sur le forum de Jamendo en septembre 2009)

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