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Chroniques de l'ile oubliée

Kupka Ankh Balthazar : Chroniques de l'ile oubliée

The Water Is Wide (I)

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Emylou Harris- Water is wide

« The Water Is Wide » est unanimement considĂ©rĂ©e comme une « vieille Chanson folklorique ». Est-ce vraiment le cas ? Évidemment non … et sous cette affirmation succincte se cache une rĂ©alitĂ© beaucoup plus amusante.

Voici ce que dit wikipedia:

« The Water Is Wide » (Ă©galement connue sous le titre « O Waly, Waly ») est une chanson folklorique anglaise qui date du dĂ©but du XVIIe et a acquis une popularitĂ© considĂ©rable Ă  l’aube du 21e siècle. elle fait allusion au premier mariage malheureux de James Douglas (2ème Marquis de Douglas) avec Lady Barbara Erskine. Cecil Sharp a recueilli cette chanson durant son voyage en AmĂ©rique pendant la Première Guerre mondiale.

 

Si l’on suit donc la version communĂ©ment admise, l’histoire de la fin du premier mariage entre James Douglas (obscur marquis de la fin du XVIIe) et sa Lady, Barbara Erskine serait donc immortalisĂ©e dans la ballade populaire « Waly Waly », qui est connu depuis sous une multitude de titres alternatifs (« Jamie Douglas », « When Cockleshells Turn Silver Bells », « The Water Is Wide », voire mĂŞme « The Seamans leave taken of his sweetest Margery ») et tout autant de paroles et de mĂ©lodies.

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Mais quelle est donc cette histoire ?

D’après la lĂ©gende, en 1681, une rumeur transmise Ă  Douglas par son chambellan Lowrie de Blackwood, affirma que Lady Erskine avait passĂ© une nuit avec un autre homme et Douglas l’aurait rĂ©pudiĂ© pour cette raison. A la suite de quoi celle ci serait retournĂ©e chez son père et ne se serait jamais remariĂ©e.

La ballade originelle conte l’histoire de façon très romancĂ©e (voir les diffĂ©rentes versions de « Jamie Douglas »). La Lady, mariĂ©e Ă  son Seigneur mène une vie heureuse jusqu’Ă  ce que Blackwood (Blacklaywood, autrement dit « Noirement » apparaissant sous les traits d’un oiseau noir) fasse croire au mari qu’elle a eu une liaison (avec un certain Lockhart). Ses protestations d’innocence et les flatteries par lesquelles elle cherche Ă  regagner l’affection de son Seigneur sont infructueuses. Son père la recueille, Ă©plorĂ©e et incapable de maitriser son chagrin, règle les formalitĂ© de la sĂ©paration et offre de lui trouver un nouveau parti, mais elle n’accepte aucune autre proposition. A la fin le seigneur se prĂ©sente chez son beau-père après avoir fait pendre le mĂ©disant Blackwood (ce dĂ©tail dĂ©pend des versions) et demande Ă  sa femme de le rejoindre. Ils se servent une tasse de vin en signe de rĂ©conciliation, mais Ă  cet instant le cĹ“ur de la Lady se brise et elle tombe morte.

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Seulement voilĂ , on retrouve une partie de ces strophes en provenance d’une version connue depuis la dernière moitiĂ© du dix-septième siècle, « The Seamans leave taken of his sweetest Margery » (1660), imprimĂ©e vingt ans plus tĂ´t que le divorce des deux infortunĂ©s tourtereaux.

Il semble donc Ă  priori assez Ă©vident que l’histoire du marquis et de sa malheureuse Ă©pouse n’ai fait que venir se greffer sur un ensemble poĂ©tique dĂ©jĂ  existant, contribuant en partie Ă  son enrichissement textuel. Quoiqu’il en soit, la version finale de la chanson telle que nous la connaissons maintenant semble bien postĂ©rieure au XVIIème siècle, mĂŞme si elle plonge effectivement ses racines dans le passĂ© de cette Ă©poque …

Par ailleurs cette très romantique histoire ne correspond, bien sĂ»r, aucunement aux faits rĂ©els. En fĂ©vrier 1677, la marquise (sans que ce soit la première fois, Ă  ce qu’il semble) invoque l’intervention du Conseil privĂ© dans ses affaires domestiques et demande une pension afin de pouvoir vivre indĂ©pendamment de son Ă©poux, qu’elle accuse de fuir sa compagnie et de la traiter avec mĂ©pris. Le Marquis dans sa rĂ©ponse allègue que sa femme ne l’a pas non plus traitĂ© avec le respect dĂ», mais semble cependant ĂŞtre opposĂ©e Ă  une sĂ©paration. Quatre ans après, une sĂ©paration sera mutuellement concĂ©dĂ©e, le contrat faisant allusion sur le fond Ă  « de grandes animositĂ©s, des fautes et des diffĂ©rences entre le dit marquis et sa dame, qui ont pris tellement d’ampleur, qu’aucun d’entre eux ne dĂ©sire plus poursuivre la vie commune ».

Et l’histoire complexe de cette très belle ballade ne s’arrĂŞte pas ici …(suite)

Sources : The Singing Tradition of Child’s Popular Ballads. Bertrand Harris Bronson Edit.
The English and Scottish popular ballads (part VII) by , Francis James Child & George Lyman Kittredge, 1882
http://booksnow1.scholarsportal.info/ebooks/oca9/45/englishscottishp07chil/englishscottishp07chil.pdf

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