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Chroniques de l'ile oubliée

Kupka Ankh Balthazar : Chroniques de l'ile oubliée

The Water Is Wide (II)

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Lloyd Quartet - The water is wide

… Mais si « Wally Wally » est assez Ă©loignĂ©e historiquement des faits dont elle est censĂ© s’inspirer et assez dissemblable de la version actuelle de « The Water Is Wide », on peut donc se demander d’oĂą proviennent les paroles de la ballade telle qu’elle est chantĂ©e aujourd’hui ?

Vraisemblablement, celle-ci s’est construite selon un processus similaire à « Wally Wally ». C’est Ă  dire en agglutinant peu Ă  peu autour d’un noyau thĂ©matique des fragments d’autres textes. On retrouve ainsi un des quatrains de la version dĂ©finitive dans un recueil Ă©ditĂ© par Martin Parker en 1633. Le titre de la chanson est « The Distressed Virgin » et les vers sont les suivants:

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I put my finger in the bush,
thinking the sweetest Rose to find,
I prickt my finger to the bone,
but yet I left the Rose behind;

On en trouve un deuxième quatrain dans une autre compilation de chansons traditionnelles imprimĂ© en 1660. Il s’agit cette fois de « The Seamans leave taken of his sweetest Margery« :

I have seven ships upon the sea,
and all are laden to the brim;
I am so inflam’d with love to thee,
I care not whether I sink or swim.

Et la rencontre de ces deux quatrains donnera naissance au noyau de la future version qui portera dans un premier temps le titre : « The Prickly Rose« . ils seront respectivement en troisième et cinquième place d’un poème qui en comporte huit. Cette chanson apparait dans « Songs And Ballads Of The West », un recueil publiĂ© in 1891 par Sabine Baring-Gould.

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A ce noyau viendra s’adjoindre un quatrain extrait d’une très ancienne chanson du VIe siècle (cf Robert Chambers – 1829, « burden of songs during the sixteenth and seventeenth centuries », p. 134, « troly, loly« ):

Hey trollie lollie, love is jolly
A qhyll qhill it is new;
Qhen it is old, it grows full cold,
Woe worth the love untrue!

qui deviendra:

Oh love is gentle and love is kind,
Gay as a jewel when first it’s new,
But love grows old and waxes cold,
And fades away like the morning dew.

Les quatrains manquants seront tirĂ©s de « I’m Often Drunk And Seldom Sober« , une autre chanson traditionnelle qui apparait pour la première fois dans une compilation datĂ©e d’entre 1780 et 1812.

C’est ici que ce situe la jonction entre ce qui deviendra « The Water Is Wide » et la maintenant fameuse « Wally Wally« , car « I’m Often Drunk And Seldom Sober » contient quelques passages qui proviennent de cette dernière. Mais seul le quatrième quatrain est commun au deux chansons.

I lean’d my back against an oak,
Thinking it had been some trusty tree;
At first it bent and then it broke
And so my false lover proved to me.

On retrouve « I’m Often Drunk And Seldom Sober » rĂ©Ă©ditĂ©s en 1906 par Somerset. Et On note alors la transformation des deux vers suivant:

[…]
Go and get me O some little, little boat
For to carry over my true love and I.

qui deviennent:

[…]
Give me a boat that can carry two,
And both shall row, my love and I.

Finalement, en 1965 Buffy St. Marie interprète une version longue d’une chanson intitulĂ©e « Must I Go Bound« , dont la première trace enregistrĂ©e (chantĂ©e par Susan Reed) date de 1954. version disponible ici sur youtube et tirĂ©e du LP « Many A Mile ». Celle-ci est semblable Ă  « The Water Is Wide » avec une lĂ©gère diffĂ©rence de mĂ©lodie et sans le premier quatrain qui est remplacĂ© par celui commençant avec « Must I Go Bound … ».

Les deux chansons Ă©tant des variantes modernes de la mĂŞme ballade nourrie d’extraits d’anciennes paroles sauvĂ©es de l’oubli par les historiens du Folklore. Elles se sont transmise oralement, d’interprètes en interprètes, s’enrichissant au fil des annĂ©es du souvenir des uns et des autres.

Le dernier point à éclaircir serait celui de la mélodie: Cecil Sharp reproduit la partition reçue de Caroline Cox en 1905 (Allen, p. 163, Karpeles, p. 171):

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Malheureusement nul ne sait oĂą elle eut pu apprendre cet air particulier. Il ne ressemble en aucune façon aux quelques autres mĂ©lodies publiĂ©es dans les variantes folk. Il est probable que la ballade ai Ă©tĂ© colportĂ©e principalement de façon textuelle. Les musiciens qui l’interprĂ©taient usant indiffĂ©remment de mĂ©lodies qu’ils connaissaient personnellement et l’adaptant aux paroles suivant les circonstances et l’inspiration, raison pour laquelle les diffĂ©rents recueils folkloriques citĂ©s abrite des partitions très diffĂ©rentes.

Quoiqu’il en soit, la version connue aujourd’hui provient de tout Ă©vidence de la première moitiĂ© du XXe siècle (d’après les spĂ©cialistes, sa compilation effective serait datĂ©e de 1906)… ce qui en dĂ©pit de ses racines anciennes, (le plus ancien quatrain est vieux de 15 siècles, le plus rĂ©cent de 200 ans environ), la dĂ©finie assez justement comme une fausse vieille chanson traditionnelle.

Une « Chanson folklorique » est habituellement le rĂ©sultat d’un processus compliquĂ© oĂą la contribution des auteurs est gĂ©nĂ©ralement plus importante que celle des Folkloristes professionnels. Il semble finalement que ce soit ici le processus inverse qui ait Ă©tĂ© Ă  l’Ĺ“uvre ici, les compilations successives ayant permises de perpĂ©tuer des fragments qui seraient sans doute tombĂ©s dans l’oubli sans leurs interventions …

Sources : The Singing Tradition of Child’s Popular Ballads. Bertrand Harris Bronson Edit.
The English and Scottish popular ballads (part VII) by , Francis James Child & George Lyman Kittredge, 1882
http://booksnow1.scholarsportal.info/ebooks/oca9/45/englishscottishp07chil/englishscottishp07chil.pdf

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