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Chroniques de l'ile oubliée

Kupka Ankh Balthazar : Chroniques de l'ile oubliée

Melpomène (VIII)

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…Ici, le lecteur attentif que vous ĂŞtes doit se sentir un peu frustrĂ© de ne pas avoir assistĂ© aux Ă©vĂ©nements qui viennent de prĂ©cĂ©der. Effet facile, se dit-il, l’auteur vous emmène ailleurs et s’Ă©pargne ainsi une description rocambolesque! Heureusement, un des protagoniste de l’histoire Ă©tait prĂ©sent, et, par ses yeux ingĂ©nus, je suis ainsi en mesure de vous conter, en toute objectivitĂ©, ce qui est advenu. Après avoir consciencieusement mordu et griffĂ© le mollet droit du hoplite mĂ©diĂ©val impromptu, et alors que tout partait Ă  vau-l’eau, le fantassin, l’Ă©pĂ©e, les projets hĂ©roĂŻques et sans doute bien d’autres choses encore, Atticus, trouvant derechef que les circonstances accompagnant la descente de l’escalier empruntaient une tournure par trop inconfortable, prit la poudre d’escampette pour regagner les appartements de sa maitresse. S’il Ă©tait demeurĂ© sur l’Ă©dredon Ă  l’instant oĂą celle-ci avait quittĂ© la pièce, il aurait vu la petite pelote noire Ă©trange rouler sur les nattes de Damas, bientĂ´t suivie d’une deuxième, puis d’une troisième… et ce qui s’ensuivit. Lorsqu’il revint, Ă©videmment, le processus Ă©tait nettement plus avancĂ©. C’est pour cette raison que, prudemment, il entreprit de se pelotonner sous le grand lit, dans l’un des coin opposĂ©, l’endroit offrant un parfait point d’observation.

Comme si l’on avait enfermĂ© une douzaine de criquets dans un petit sac, la chose s’agitait vaguement . ExtĂ©rieurement cependant, la surface semblait grouillante de minuscules fourmis noires. Tout cela Ă©tait pour le moins dĂ©concertant. Le chat contemplait le phĂ©nomène avec attention. Une attention grandissante, Ă  la mesure de la progression Ă©trange de ces petites boules d’ombre s’agglutinant les unes aux autres, continĂ»ment. A l’instant ou le volume du conglomĂ©rat mouvant atteignit Ă  peu près la taille d’un mulot, Atticus, dominĂ© par son instinct de chasseur se prĂ©cipita et happa la masse hideuse d’un coup de gueule prĂ©cis et dĂ©finitif. La proie fut avalĂ© en moins de temps qu’il n’en faut pour l’Ă©crire. Il resta figĂ© quelques secondes, comme surpris par son propre geste; avant de reprendre sa place, cachĂ© dans l’angle le plus discret de la pièce.

Une petite pelote noire roula de nouveau sur le tapis, et le processus repris suivant une routine identique, comme si rien de particulier n’Ă©tait advenu.

Il en fallut bon nombre avant que la masse ombreuse ne commence Ă  Ă©voquer une silhouette vaguement humaine. Les contours en Ă©taient indistincts, mais la stature gĂ©nĂ©rale rappelait celle d’un ĂŞtre de grande taille, semblant couvert d’une cape, assis en tailleur, prostrĂ© dans une mĂ©ditation sans but.

Depuis son refuge, Atticus ne bronchait pas plus, ses yeux fendus de fĂ©lin, fixes, et son poil hĂ©rissĂ©. Au cĹ“ur sa conscience, entrainĂ©e malgrĂ© elle dans une mutation accĂ©lĂ©rĂ©e, une multitude d’idĂ©es Ă©tranges prenaient forme, s’agitaient, se heurtaient, des idĂ©es naissaient et disparaissaient Ă  toute allure. Ses perceptions animales s’enrichissaient de pensĂ©es complexes qui le perturbait profondĂ©ment.

Au centre des tapis Ă©pars, l’inquiĂ©tante forme commençait Ă  s’agiter, manifestant une inquiĂ©tude palpable. De toute Ă©vidence, l’infime partie dĂ©vorĂ©e par le chat lui Ă©tait essentielle. Le dĂ©filĂ© aberrant des petites pelotes d’ombre avait cessĂ© et les contours de la silhouette s’Ă©taient affinĂ©s. Mais l’ensemble prĂ©sentait un aspect inachevĂ©, comme dans un croquis dont les derniers dĂ©tails auraient Ă©tĂ© nĂ©gligĂ©s. Un feutre noir Ă  large bord lui couvrait la tĂŞte. La cape, ample, permettait de deviner une musculature puissante. La crĂ©ature se redressa maladroitement sur ses jambes, tituba, et commença Ă  hurler.
(suite)

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