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Chroniques de l'ile oubliée

Kupka Ankh Balthazar : Chroniques de l'ile oubliée

Melpomène (XI)

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… Le figuier projetait sa silhouette imposante sur l’endroit. Une vaste place de nuit plus noire, imprĂ©gnĂ©e d’une sourde menace. Comme si de toute sa hauteur, l’arbre gardait un passage secret, interdit.

Le passage existait. Il le dĂ©couvrit en s’approchant, Ă  la droite du figuier, entre les taillis, un imperceptible chemin d’herbe piĂ©tinĂ© … Il fut Ă©tonnĂ© de le dĂ©couvrir lĂ , au cĹ“ur de l’obscuritĂ©, alors qu’il n’aurait rien remarquĂ© Ă  la lumière du jour. La progression entre les massifs de genĂŞts ne fut pas facile, il faillit perdre son chemin plusieurs fois. s’empĂŞtrant Ă  plusieurs reprises dans les taillis. Le sol Ă©tait glissant et dĂ©trempĂ©. Mais après ce qu’il venait de franchir, les difficultĂ©s Ă©taient insignifiantes. Après quelques dizaines de mètres, le passage dĂ©bouchait sur un sentier plus dĂ©gagĂ© qui bifurquait vers la cĂ´te. Il marcha droit devant lui, sans se demander oĂą il allait. Il finit par atteindre, au sommet d’un Ă©peron rocheux dominant la mer, ce qui dans son souvenir devait certainement ĂŞtre une cabane de douanier. La construction robuste, en grosse pierres de granit Ă©tait ancienne. Une unique ouverture Ă©troite et pas très haute, sans porte, en ouvrait l’accès. Ce n’Ă©tait pas très grand. un peu plus de deux mètres sur deux, encadrĂ© de murs Ă©pais et recouvert d’une toiture d’ardoise qui tenait bon. Deux meurtrières donnant sur le large encadraient une cheminĂ©e rudimentaire mais suffisante pour entretenir un foyer en cas de froid intense. Contre le mur opposĂ©, un petite table de bois, simple et solide, et un tabouret Ă  trois pieds en constituait l’ameublement. Une impression de dĂ©jĂ  vu l’Ă©treignit. Dans le tiroir de cette table se trouvaient quelques vieux rogatons de bougies et sous une boite d’allumettes dĂ©penaillĂ©e, une vieille enveloppe dĂ©fraichie et froissĂ©e.

Avec peine, Il parvins Ă  installer un lumignon de fortune dans un coin de ce bureau improvisĂ©, et, dos Ă  la flamme, Il ouvrit la lettre. L’encre s’Ă©tait effacĂ©e. De vagues traces brunes subsistaient par endroit. Il parcourut ces feuilles vierges, sans mots, en reconnaissant les phrases absentes, des silences. Les siens. Ce miroir qui lui Ă©tait tendu. Ce dĂ©sert brulant oĂą la soif est inextinguible, oĂą le feu ne s’Ă©teint jamais, Ă  l’orĂ©e du nĂ©ant et de sa folie. A l’extrĂŞme pointe nue de tous les sentiments. Il parcourut ces pages, sans un soupir, sans un murmure. Ces pages qu’il connaissait tant. Il a repliĂ© les feuillets. Les a glissĂ© dans l’enveloppe. Puis a dĂ©posĂ© l’enveloppe dans le tiroir de la table et il est sorti.

A l’orĂ©e du nĂ©ant, qui sait ? Qui a franchi ces portes ? … lui ?

Il ne se souvient que très vaguement de comment cette histoire a commencĂ©. De ses prĂ©misses, il n’a plus aucune image, mais il parvient parfois Ă  ramener sous la faible clartĂ© de sa mĂ©moire quelques fragments de passĂ© aux contours vacillants. Indiciblement vibre un lien Ă©trange, une corde sensible qui bat au fond de lui. Un battement entĂŞtant et enivrant. Une corde qui se tend et qui vibre de plus en plus distinctement, la tension d’un arc avant qu’il ne dĂ©coche sa flèche.

Il s’est adossĂ© Ă  la muraille, face Ă  l’ocĂ©an ou luit vaguement un clair de lune voilĂ© par les perturbations. Il revoit la mer dĂ©posant inlassablement ses vagues sur la ligne brune des goĂ©mons. Et il les revoit marchant le long de cette ligne, parfois en deçà, parfois en delĂ , en dĂ©rive vers un horizon de plus en plus sombre alors que la nuit tombait. Deux silhouettes. L’une d’entre elles Ă©tait la sienne.

C’Ă©tait juste avant la « dĂ©sertion ».

Le globe Ă©tait finalement devenu inhabitable. Les projet de colonisation extra-planĂ©taires s’Ă©taient multipliĂ©s sans qu’aucun d’entre eux ne rĂ©ussissent. MalgrĂ© une technologie de plus en plus performante, tous les projets s’Ă©taient soldĂ©s par des Ă©checs retentissants dĂ» au simple fait que chaque nouveau monde explorĂ© avait rĂ©vĂ©lĂ© sa propre impasse Ă  plus ou moins brève Ă©chĂ©ance, improbable, imprĂ©visible, et parfois inexplicable. Il avait finalement fallu se rendre Ă  l’Ă©vidence. L’humanitĂ© ne pourrait pas quitter la terre.
(suite)

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