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Chroniques de l'ile oubliée

Kupka Ankh Balthazar : Chroniques de l'ile oubliée

Melpomène (XII)

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a_bit_of_mystery_by_sandymanase

… « Regarde-moi Atticus. » Le chat de Melpomène pris son air le plus indiffĂ©rent, Ĺ“il rond et moustache Ă  l’horizontale :
« Miaou …
– Atticus ! … Ne me prend pas pour une idiote … », repris Melpomène, tout en se disant en son fort intĂ©rieur que c’Ă©tait elle l’idiote. Non seulement elle adressait la parole Ă  son chat, chose au demeurant assez courante il est vrai, mais, circonstance accablante, elle tenait presque pour acquis que son chat serait capable de lui rĂ©pondre. En revanche, elle avait bien entendu parler et il n’y avait personne d’autre avec elle que son fĂ©lin de prĂ©dilection au tempĂ©rament mystĂ©rieux et imprĂ©visible, ce qui excusait finalement beaucoup de choses. Atticus parut songeur, si tant est que le pouvoir d’expression d’un chat atteigne cette extrĂ©mitĂ©, puis, après un court moment d’indĂ©cision :
– « Mmm … Comment dire … Je ne me comprends pas bien moi-mĂŞme.
– Bon sang ! … Mais tu parles ! Ça alors ! »
Autant vous dire que l’Ă©tonnement d’Atticus, mĂŞme s’il n’Ă©tait pas aussi apparent que celui de sa maitresse, n’en Ă©tait pas moindre. Car si rĂ©citer des poèmes de Baudelaire Ă©tait, de mĂ©moire de chat, une expĂ©rience inĂ©dite, entretenir une conversation avec un humain Ă©tait encore plus perturbant. Que rĂ©pondre d’ailleurs ? Que des pensĂ©es Ă©tranges traversaient son esprit ? Que des souvenirs qui n’Ă©taient pas les siens s’Ă©taient soudain accumulĂ©s dans sa mĂ©moire, plus habituĂ©e jusqu’alors Ă  enregistrer les parcours des rongeurs du domaine que les auteurs classiques du XIXème siècle ? Et puis ? … Atticus laissa Ă©chapper un soupir qui en disait long. Mais après tout, il se devait quand mĂŞme de relater Ă  Melpomène les Ă©vènements de la matinĂ©e. Autant pour soulager sa conscience que pour anticiper sur des questions qui ne manqueraient pas de lui ĂŞtre posĂ©es plus tard. Autant aborder le sujet maintenant puisque l’occasion se prĂ©sentait : « Quelqu’un est entrĂ© … », commença-t-il de sa vois fluette.
– « Oui, quelqu’un est entrĂ©, Atticus. On ne sait pas qui c’est. Feldspath s’en est occupĂ©, il n’a pas repris connaissance pour l’instant … », l’interrompit Melpomène.
– « Non, pas lui, quelqu’un d’autre … », repris Atticus.
– « Hein ? … Que racontes-tu ? Personne d’autre …
– Une grande silhouette noire enveloppĂ©e dans une cape, avec une capuche sur la tĂŞte. C’est elle qui a criĂ© tout-Ă -l’heure. Je n’ai pas vu son visage. », enchaina Atticus, regrettant dĂ©jĂ  une discussion dont il sentait les aboutissants lui Ă©chapper.
– « … Tu connais l’histoire de SĂ©lène et Endymion ?
– Quel rapport ? » se demanda Atticus, interloqué mais également soulagé de voir la discussion changer brusquement de sujet.
– « Endymion Ă©tait un berger. Toute la journĂ©e, il faisait paitre ses brebis dans les vertes prairies du PĂ©loponnèse. Et quand venait le coucher du soleil il s’endormait contre un rocher Ă  la belle Ă©toile au milieu de ses bĂŞtes, son bâton de berger sous la tĂŞte en guise d’oreiller. C’est ainsi que SĂ©lène, croissant cĂ©leste, le croisa une nuit lors de sa course nocturne. AttirĂ©e par le jeune homme, elle dĂ©cida par jeu de le sĂ©duire. Pleine de ressources, elle lui rendit visite dans ses rĂŞves sous la forme d’une jeune nymphe. Endymion en tomba fatalement amoureux et, se rĂ©veillant le lendemain avec son souvenir en mĂ©moire, il se lança dans une quĂŞte assidue pour la retrouver. Des mois plus tard, lorsqu’ils se rejoignent enfin, SĂ©lène s’Ă©prit Ă  son tour violemment de lui. Mais dĂ©sireuse de ne pas le perdre, car Endymion Ă©tait mortel, SĂ©lène demanda Ă  Zeus une faveur : Le faire dormir Ă©ternellement pour prĂ©server sa beautĂ©. Zeus rĂ©alisa son vĹ“u et Endymion devint ainsi immortel. PlongĂ© depuis dans un sommeil sans fin, SĂ©lène lui rend visite nuit après nuit sous sa forme lunaire et brillante, et le couvre de baisers … »
Atticus avait fermé les yeux et semblait dormir. Quel rapport entre une légende mythologique venu du fond des âges et ce qui se déroulait maintenant autour du château ?
Melpomène n’en savait Ă  priori rien non plus, mais intuitivement, son esprit faisait le lien entre de lointains Ă©vènements du passĂ© et les dernières pĂ©ripĂ©ties qui venaient de bousculer la quiĂ©tude de ses journĂ©es.
(suite)

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